Nomades ?

Il est, quand on parle de coworking et de télétravail, des questions récurrentes sur lesquelles il n’est pas toujours facile d’apporter des réponses fiables tant que l’on a pas pu montrer par l’exemple comment cela fonctionne. En premier lieu, la question de l’intimité et la gestion d’un espace ouvert. Il nous faut rassurer sur la capacité de chacun à accepter la « nuisance » de l’autre comme contrepartie à l’échange et la sociabilisation qu’engendre ce type de lieu.
Et c’est en lisant par ailleurs un ouvrage sur l’habitat nomade que j’ai trouvé d’étonnantes similitudes avec les questions générales qui entourent les nouveaux modes de travail.

La description de chacun des types d’habitat utilisés par les populations nomades fait ressortir la volonté, voire la nécessité pour des communautés non sédentaires de maintenir l’espace de vie ouvert. Le fait de ne pas cloisonner l’espace d’une tente, d’un tipi, d’une yourte ne relève pas d’une « faiblesse » architecturale, bien au contraire, mais de maintenir la circulation et la transparence entre les membres, qui contrairement à une population sédentaire n’assimile pas son identité à un espace géographique délimité mais à un ensemble de codes communs. Dans un espace ouvert comme celui de ces habitats, trouver sa place est une forme d’apprentissage des codes de la société, et leur respect une condition pour y être intégré.

Il en est de même sur le maintien du lien entre les différents membres de ces communautés alors que chacun se déplace en permanence et ne se retrouve qu’occasionnellement. Quand il ne s’agit pas d’un territoire faisant office de référence commune à une identité, les peuples nomades lient leur appartenance à une communauté à des rites et des codes qui leur permettent une reconnaissance mutuelle lors de grands rassemblements. Leur identité n’étant pas liée à un lieu particulier, elle repose alors sur des valeurs symboliques que l’on peut « emporter » avec soi.
A ce sujet, il est étonnant de retrouver régulièrement ce discours sur les difficultés rencontrées pour la mise en place du télétravail. La crainte de la perte de sociabilisation et de la notion d’appartenance à une entreprise revient de manière récurrente dans les écueils du travail « nomade ». En ce sens les outils ont évolués bien plus vite que notre capacité à remettre en cause notre sédentarisme. Un mobile et un ordinateur portable nous permettent de quitter le siège de l’entreprise, le bureau, son territoire, mais qu’en est-il des rites et objets symboliques qui font notre appartenance à une même communauté de travailleurs ? Cette question est fondamentale pour concevoir les modalités d’accueil et de pratiques des formes de travail mobile et indépendante. Et la réponse ne sera surement pas évidente tant les valeurs identitaires entre les modes sédentaires et nomades sont différentes. Il semble toutefois que l’ensemble des pratiques sociales en ligne et que des alternatives aux bureaux comme le propose le coworking permettent l’avènement d’espaces transitoires entre ces deux mondes. C’est en tout cas ce que nous espèrons.

A bientôt.

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